Description des Archives, historique de leur arrivée

Chronologie

Les circonstances expliquent bien sûr la cohérence et le volume des archives laissées par Paul Ricœur : installé dans la maison des Murs Blancs à Châtenay-Malabry en 1957, Paul Ricœur y a vécu jusqu’à son dernier jour. Avant cette installation déjà, une grande attention familiale avait réussi à conserver – malgré la guerre, malgré les déménagements − beaucoup de documents écrits par Paul : les papiers les plus anciens datent de sa période de formation intellectuelle : ses très nombreuses notes de cours, de lectures, quelques devoirs en classe de "première supérieure" au lycée de Rennes (1931), son mémoire de Diplôme d’études supérieures : Méthode réflexive appliquée au problème de Dieu chez Lachelier et Lagneau (1932), les cours suivis en Sorbonne pour préparer l’agrégation, même les brouillons des épreuves de ce concours (1935), quelques préparations pour les "vendredis" chez Gabriel Marcel . Les documents de la période des camps de prisonnier en Allemagne (1940-1945) sont présents aussi : soit qu’ils aient été envoyés par Paul Ricœur à son épouse Simone après avoir franchi la censure ( le tampon "Geprüft" en fait foi) , soit qu’ils aient été rapportés avec quelques livres – dont l’exemplaire de Ideens 1 de Husserl traduit dans les marges − dans son " havresac » lors du long retour vers Paris à pied et en train à la libération des camps (Février-Mai 1945).

Dans la maison de la famille Ricœur aux Murs Blancs, ces premières archives étaient entassées en un bloc compact et gris de poussière au fonds d’un placard de la chambre à coucher de la maison, manifestement non ouvert depuis qu’il y avait atterri. Un trait frappant mérite d’être signalé : la graphie de Paul Ricœur change de façon nette à partir de la période du camp de prisonnier. Elle restera très constante depuis cette période jusqu’aux derniers mois de sa vie.

S’y trouvait aussi, bourrée mais bien ficelée, une grande boite publicitaire en bois "Suchard" ; en diagonale, était manuscrit "NANTERRE" : tous les papiers donc concernant les années 1969-1970 où Paul Ricœur avait été nommé doyen de l’université de Nanterre (le tampon officiel sur une partie de la correspondance laisse penser que ces archives lui ont été remises par le service du secrétariat à la fin de cette période de décanat).

D’une façon générale, les documents les plus anciens et les plus personnels se trouvaient dans les placards de la chambre à coucher : la correspondance familiale et tous les documents familiaux qui ont été remis, à la demande de PR à sa fille Noëlle.

A l’autre extrémité dans le temps, les dernières feuilles manuscrites, qu’il avait intitulées "fragments" et qui datent de 2005, étaient restées dans la salle principale à côté de la place qu’il occupait jusqu’à ses dernières heures. Elles ont été publiées de façon posthume.

Déménagement des Archives

Selon la volonté de Paul Ricœur et en accord avec ses enfants, peu de temps après sa mort, l’ensemble des ses livres et de ses papiers − à l’exclusion, donc, de la correspondance et des photos familiales − ont été déménagés de son domicile de Chatenay-Malabry à la bibliothèque de la Faculté de théologie protestante, 83 boulevard Arago, Paris14°. Ce déménagement a fait l’objet de soins particuliers qui ont permis de conserver le plus de traces possibles de l’organisation qu’il avait choisie chez lui, comme il se doit en pareil cas.

Quant à moi, proche de lui et de son travail depuis plusieurs années, j’ai reçu de sa part au fil des derniers mois des remarques sur les papiers et textes qui débordaient des placards, remarques ne demandant pas de réponses immédiates, indiquant à la fois le peu de cas qu’il faisait, à ce moment-là, de ses papiers (" Vous verrez tout cela après !… j’ai été bête, j’ai tout gardé ! Il faudra peut-être jeter, vous savez ; cela n’a pas d’importance... »), la confiance qu’il voulait bien m’accorder : (" personne ne connait mieux que vous ces dix dernières années, vous serez la mesure, vous trouverez "la chose à faire") et la rigueur retrouvée devant la réalité de l’archive : un document portant le tampon de l’Oflag IIB a un jour débordé d’un bas de placard, aussitôt il le ramasse, me le tend : " il faudra laisser tout ça ensemble ; c’est important, il faut tout donner quand il y a des archives » . Mais le plus évident était son manque de goût pour les retours sur le passé, voire la crainte de ces retours : crainte quasi physique de se sentir écrasé sous un passé si long, si plein d’écrits. Lui qui avait toujours privilégié le présent vif , voulait encore, au bout de son âge, mobiliser toute ses forces pour franchir la dernière étape en vivant. Vivant jusqu’à la mort (Paris: Seuil, 2008) témoigne de cet état d’esprit.

Des bibliothèques tapissaient la plupart des murs de la maison de Simone et Paul Ricœur, aux Murs Blancs; leur partie inférieure était aménagée en placards fermés, dont les portes n’étaient plus ouvertes depuis longtemps, bourrés qu’ils étaient de papiers et documents de toutes sortes. " Les murs se rétrécissent sur moi » disait-il depuis quelque temps regardant avec impuissance les piles de papiers et de livres qui finissaient par empêcher de s’assoir. Comme il en avait manifesté l’intention, je lui proposai un jour de sonder ensemble le contenu d’un placard ; la réponse fut tranchante : " oh non ! Il y a d’autres choses à faire ! C’est plein de fantômes là-dedans ! Vous verrez cela après ».

En juin 2005, pour les transporter vers la bibliothèque de l’Institut Protestant de Théologie, j’ai mis personnellement dans des malles tous ces papiers après avoir pris des repères de la situation de chaque dossier au cœur de la maison. Parallèlement, deux étudiants de l’Institut Protestant de Théologie relevaient les titres des livres de la bibliothèque de travail , avant de les mettre en caisse pour les apporter à la bibliothèque de l’IPT. Le même système de repérage avait été mis en place : quadrillage de chaque pièce, comme dans les fouilles archéologiques !

De septembre 2005 à juin 2010 j’ai dépouillé tous ces papiers, repérant leur appartenance à tel ou tel moment, telle ou telle activité, faisant des relevés descriptifs de chaque dossier, de leurs rapports entre eux. Je ne serais pas arrivé à m’en sortir sans le recours aux amis qui sont restés proches, toujours prêts à accueillir mes demandes de renseignements ; et surtout sans la magistrale bibliographie écrite par François Dosse, si particulière puisqu’il n’avait jamais eu accès à aucun document d’archives de Paul Ricœur, ni à Paul Ricœur lui-même, mais avait retracé et pénétré tous les cercles qui avaient nourri et été nourris par sa pensée et sa présence. En quelque sorte, nous étions complémentaires ! je lui ai emprunté ici ou là des mises au point historiques.

Installation au sein du Fonds Ricœur, bibliothèque de l’I.P.T.

Enfin, à partir de juin 2010, le Fonds Ricœur a signé une convention de collaboration pour six mois avec le service des archives de l’EHESS : Brigitte Mazon, responsable du service des archives de l’EHESS, a délégué Goulven Le Brech (archiviste) pour encadrer le travail de Noémie Marignier, et Claire Lansac (archiviste). Leur aide, et la collaboration précieuse de Louis Colombani avec Arkheïa Aide Au Classement, a contribué à donner le caractère archivistique que l’on voit ici.

Les archives sont à présent rangées dans deux armoires métalliques contenant 150 boites d’archives ( ) et le classeur métallique à trois tiroirs dans lequel PR classait lui-même ses dossiers d’enseignement (180 gros dossiers) entre 1976 et 1988.

L’ensemble représente environ 20 mètres linéaires.

Catherine Goldenstein.
Fonds Ricoeur, 2011

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